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Vous trouverez sur ce site une exposition de plus de 300 photos en Noir et Blanc de jeunes danseuses bretonnes des Cercles Celtiques, photos prises dans les fêtes traditionnelles en Bretagne, de 1997 à 2003.
Et sur cette page quelques citations ayant plus ou moins de rapport avec les costumes bretons


2 poèmes de Saint-Pol-Roux



J'allais, plein d'Elle.
Son nom?
Le sais-je!
L'inconnue.
Existait-elle seulement?
Elle, sans plus.
J'allais...

Je m'arrêtai devant une porte d'une chambre, dans un logis, en une ville, que je ne saurais retrouver, ni la ville ni le logis, ni la chambre, ni la porte.

- La chambre est vide et personne jamais n'y demeura. M'avait dit, à la première marche de l'escalier, un nain si parvule que j'étais comme aveugle le bref instant de sa phrase.

Je frappe.
Toc... .
Rien! .
Toc toc... .
Rien encore!
 J'insiste
Toujours le silence
Elle doit pourtant, protestai-je, être là, puisque je suis venu
Sinon serais-je venu, moi qui ne vais nulle part?
Je suis certain qu'elle est derrière cette porte.
Qui donc?
Elle, encore une fois !
Mon attente me parait exorbitante, à la fin.
Je m'acharne.
Toc toc toc ...
Cela fait un vacarme à réveiller le néant.
Toc toc toc...
Impatient, je regarde par le nombril de fer de la porte.
Au milieu de la chambre, une petite fille...
Toute nue ...
Lui fallut-il pas le temps de naître ?
J'eus tort de m'irriter.
J'espionne derechef.
D'un regard à l'autre la voici demoiselle déjà.
Lui fallait-il pas le temps de grandir ?
Toute nue toujours, et que jolie !
Si je n'appréhendais d'abuser, discrètement je frapperais.
Mais lui faut-il pas le temps de se vêtir?
Attendons encore l'espace d'un coup d'oeil.
Une chemise, blanche comme un lange, à présent la couvre.
Risquons un appel timide.
Toc...
Eh laissons-lui le loisir de se blottir en la tulipe d'une robe.
Enfin !
Dieu, la belle Dame !
Le moment est propice.
Toc toc ...
La porte s'ouvre.
J'entre.





On la nommait l'Ancienne-à-la-coiffe-innombrable,
Epanouissement d'ailes sur ses cheveux.
L'Ancien accompagnait l'épouse incomparable
Et menait le long peuple émané de leurs voeux.
Elle avançait, un rêve en fleur sous la paupière,
Entre ses bras les boucles de l'humanité,
Cependant qu'il laissait une géante pierre
A chaque étape faite dans l'éternité.

Ah ! ces pardons qu'exalte la liqueur d'abeilles,
Broderies et rubans, dentelles et velours,
Tous les clans venus là comme autant de corbeilles :
Garçons aux pieds légers et filles aux yeux lourds.
Chaque couple, on dirait une image qui danse
Avec sa douce au doigt la bague du galant
Durant que les sonneurs associent en cadence
Au psaume des ramiers les cris du goëland.

Saint-Pol-Roux




Je dédie cette page au français qui écrivit : "Le fait est que les bretons ne comprennent rien à la Bretagne. Quelle perle et quels pourceaux"
Victor Hugo, carnets de voyages, 1836.
et à cet autre Honoré de B, qui disait de la Bretagne : "Entouré de lumières dont la bienfaisante chaleur ne l'atteint pas, ce pays ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d'un brillant foyer "



Quelques aphorismes de Glenmor

Il est facile de découvrir le monde, il est plus difficile d'y communier.

La pesanteur nous vieillit, mais la vieillesse n'est pas un poids.

J'étais libre jusqu'au jour ou j'ai voulu définir la liberté.

Le calcul réduit l'homme à la misère.

Tous les morts ne sont pas au cimetière. Malheureusement.

Le plaisir est une forme agréable de la souffrance. Il faut s'en méfier.

Seules les petites choses ont de grands secrets.

Un homme croit tenir la gloire quand son bidet devient objet de culte.

Pour un enfant un père est toujours vieux, une mère est toujours belle.

Si la marche est une suite de chutes évitées, la vie n'est au reste qu'une suite de morts évitées.

Il est bon d'avoir donné en une seule fois, pour que chaque don ait un objet nouveau, une nouvelle raison d'être.

L'homme se meurt de la peur de changer. Il est pourtant facile de vivre quand tout invite au renouveau.

L'envie de partir demeure la seule preuve de notre puissance.

Ce que le monde nous donne nous appauvrit. Notre apport de chaque instant nous enrichit dans la mesure de notre détachement.

Aimer assez la vie pour ne pas avoir peur de la perdre.

J'ai souvent voulu comprendre et suis toujours heureux de n'avoir pas compris.

Le passé n'est plus. Le futur n'existe pas encore. Le présent n'existe pas. Seul je suis risentement.

Je suis maître du temps. Du moins, il n'a que l'importance qu'il me plaît de lui accorder.

L'essentiel est un minimum. Il ne faut pas s'en contenter.

On peut avoir vécu longtemps. On n'a jamais assez vécu. Ce sont ceux qui n'ont jamais vécu qui sont las de vivre.

L'oubli permet le renouveau, mais il ne faut pas oublier de se renouveler.

Toutes les directions sont bonnes, il suffit d'en prendre une. Le péché consiste à ne pas bouger.

Un problème résolu n'attire personne. Une bonne solution est toujours fausse.

Nous aimons jouer. L'essentiel est d'accepter le risque de perdre avec l'espoir de tout gagner.

L'homme s'intéresse à tout sauf à lui-même. C'est là la meilleure manière d'être égoïste.

On aime tout le monde, ce qui ne nous empêche pas de haïr le voisin.

J'ai pitié des solitaires. Ce qui ne veut pas dire que la solitude me déplaît.

Etre fier de sa race, c'est se rendre hommage.

Tes malheurs ne m'intéressent que dans la mesure où je puis te les faire oublier.

Tu te cries chaque jour, mais aux yeux des autres tu ES.

La politesse est la diplomatie des faibles.

Ne sois pas triste. Mets-toi plutôt en colère. C'est si joli des yeux qui brillent.

Tout est éphémère. C'est pour cela qu'il faut tout aimer.

Repose ta tête sur mon épaule, l'oreiller ne suffit pas.

Bien sûr, mon enfant, ton chagrin est le plus grand.

N'en veux pas à ceux qui te méprisent. Ils ne désirent rien tant que t'aimer.

Si tu tombes, relève-toi. Si je te relève tu m'en voudras.

On ne voyage jamais tant qu'en restant à la même place. L'évasion est une disposition du cœur, non une question de chemin de fer.

J'aime les oiseaux ! ils changent de nid tous les ans.

On apprend mieux à l'ombre d'une petite église qu'au cours d'un voyage autour du monde.

Les situations nous obligent au choix mais ne déterminent pas celui-ci.

L'homme n'est esclave que de lui-même. Mais il se plaît à accuser tout le monde de dictature.

Va chez les hommes avec le désir certain de les aimer et tu reviendras à Dieu plein d'amour.

L'homme désire se donner. C'est l'occasion qu'il ne trouve pas. Viens lui en aide.

Je préfère croire en Dieu qu'être athée, ne serait-ce que pour le maudire.

Dieu dit : tu te jugeras toi-même quand tu seras devant moi.

Ne dis jamais à Dieu que tu l'aimes si tu refuses son oeuvre.

L'Eternel qui ne pouvait rien désirer avait envie d'être père.

Dieu est unique, mais il a mille visages.

Ne pardonne pas à ceux qui t'enseignent Dieu. Ecoute toujours ceux qui t'exigent de l'aimer.

Les preuves de son existences sont toutes fausses. Dieu ne se prouve pas, on l'aime.

L'éternité n'est peut-être qu'un baiser sur les lèvres d'un Dieu.

Dieu est la seule abstraction permise. Tu peux le confondre avec l'Idée que tu t'en fais.

L'éternité est une quantité intensive et non une durée quantitative. Notre éternité n'a que faire de l'immortalité.

Le malheur des hommes, même des hommes de foi, vient souvent de cela qu'ils ne savent écouter le silence de Dieu.

A la générosité du jeune âge succède souvent la charité, en retraite, des vieux. La jeunesse rêve quand le vieil homme réfléchit.

Le Breton a deux chances : vivre encore et ne plus le savoir.

L'ordre se construit sur des notions d'homme. Plus l'ordre est grand, plus l'homme est petit.

La véritable culture va du père au fils, de la famille au village, du village au clan. Celle qui vient d'ailleurs n'intéresse que les marchands et diable ! ils sont nombreux et malfaisants.

Pour se parler il faut un interlocuteur. Qui ne passe pour fou en soliloquant dans la rue et qui ne passe pour normal en bavant dans un salon.

Le véritable français moyen ( beau pléonasme ) est président de sa propre République.

A force de croire que toute culture est au passé nous sommes devenus des nécrophages.

La véritable science est l'art de faire appel à l'imagination quand le sens commun fait défaut.

Quand tous les intérêts se marient autour d'une idée, on en fait une religion. Quand toutes les idées

se marient autour d'un intérêt, on en fait une politique. Quand toute idée a son intérêt et tout intérêt son idée, l'homme construit des asiles.

Le recteur, malgré toute la bonté dont il se sentait coupable, ne lui pardonna jamais de faire pisser son chien sur la parvis de l'église. Ah ! s'il s'était contenté d'assassiner le vicaire !

Entre le pouvoir et la puissance il y a le je-m'en-foutisme du technocrate. Il a le pouvoir parce qu'élu. Il est puissant parce qu'irresponsable.

Il n'y a que ceux qui souffrent d'eau qui vont au désert. Les autres aiment le vin.

En haïssant ceux que tu méprises, tu finiras par les aimer.

Je n'ai certainement pas vécu comme les autres tant je ressemble à tout le monde.

Tout est drame, même un baiser. Tout baiser est un acompte. Toute nuit est violette.

La simplicité n'est qu'un hommage rendu au savoir-mourir parce qu'en toute honnêteté elle emmerde le savoir-vivre.

On aime par envie, on épouse par pitié. Le drame vient du fait que l'on finit par aimer en toute pitié, quand on épouse par envie.

 

Ne vole jamais le lit dans lequel tu ne dors qu'une fois. Les draps te serviraient de linceul.

D'instinct l'homme ne conjugue que le verbe trahir.

Tout nu l'homme est bon. Il est vraiment regrettable de le costumer pour les soirées.

Fête populaire : quel pléonasme !

La fête était plus une façon de vivre, une façon d'appréhender la peine et le labour. Chaque clan, un style. Aujourd'hui ils mitonnent des festivités où tout le monde s'emmerde.

La culture est l'ambiance de son enfance. Le reste n'est qu'instruction. Au fait, pas grand-chose.

Seul le peuple a une mémoire, l'homme a des souvenirs. Seul le peuple porte nom, l'homme se prénomme.

Un Etat est toujours antidémocratique. En tant que nécessité, il est bon de lui enlever son omnipotence en le divisant.

L'homme de demain naviguera entre deux lisières de haute fantaisie : l'orgueil acquis et la fierté perdue.

Quand l'élu du peuple se croit propriétaire du pouvoir qu'il est chargé de représenter, le fascisme n'est pas loin.

Voilà bien l'essentiel souci des hommes, juste retour à leur intempérance : attendre un meilleur demain sans avoir honte de leur passé.

Si le bonheur cloue le bourgeois au logis, il libère le poète de toute servitude, même de l'obligation de chanter.

Les enterrements l'ennuyaient tellement qu'il décida de ne pas suivre le sien.

Beaucoup demeurent solidaires des autres par désœuvrement. Chacun voudrait une société pour lui.

Nous avons tant d'aptitude au choix que pour n'avoir rien choisi nous demeurons inaptes.

L'érotisme est la stratégie intellectuelle de ceux qui ne savent pas faire l'amour.

En tout un chacun il y a deux mémoires : celle qui oublie et celle qui ne pardonne jamais. Les deux font un homme de bonne foi.

Toute l'humanité est la poursuite d'un même idéal. Le paradoxe vient de la diversité des définitions qu'en donne chaque individu.

Le riche, sans rougir, peut offrir un bijou dans un papier journal. Le pauvre par contre, achète l'écrin d'abord et ne se soucie du bijou que par la suite tant il est vrai que la misère se cache autant que la richesse se dissimule. Question de pudeur. L'homme cache toujours son abondance.

Servir le peuple, c'est rêver pour lui un avenir de liberté, même si le peuple refuse le rêve, même s'il n'ambitionne qu'un état d'esclavage doré. La révolte n'est pas une affaire de masse, mais une affaire d'homme.

GLENMOR



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Un poème de Maodez Glanndour


ILES BRETONNES SOUS LA NEIGE

Serait-ce que dans la nuit sont descendus
Les cygnes tout blancs du Nord
Et qu'ils dorment sur la mer, engourdis,
Tête pliée sous leur plumage ?

Non pas des cygnes mais la neige
Qui est tombée ailée sur les îles
N'y a dans l'estuaire que des rochers
Qui rêvent doucement sous leur plumage.

 Maodez GLANDOUR





Quelques aphorismes de Georges Perros



La sincérité, c'est la sensation perpétuelle de ne jamais dire ce qu'on pense. De ne le pouvoir.

La peur d'être déçu rend méchant.

Photographier quelqu'un, c'est avancer sa mort. En faire avant terme, un souvenir. "Souriez..."

La bêtise, ce n'est pas de se vanter, c'est de profiter des hommes pour se faire valoir.

Le désespoir c'est quand l'intelligence prend la souffrance à son compte.

Faire exprès de ne pas faire attention.

Voulez-vous savoir si on vous aime? Faites semblant de ne plus aimer.

S'il faut tomber dans l'eau pour savoir si l'ami viendra vous en sortir, alors...

Il était d'une intelligence supérieure à sa moyenne.

Voir un vivant comme on le revoit quand on apprend sa mort.

Comme ils ont raison, ceux qui nient l'inspiration. Il suffit de les lire.

Dire je est infiniment plus modeste que dire nous. Cela devrait aller de soi. Mais non, disent-ils.

Dire pardon parce qu'on n'a rien fait de mal.

Quand on a du caractère, on n'en a pas besoin.(voilà qui arrange tout le monde).

Il y a le geste du semeur. Et le semeur de gestes.

Etre bon, oui. Avec qui? Qui va se taper ma bonté? Viens, mon chien.

On n'est pas moderne parce qu'on utilise les nouveaux procédés, mais parce que sans eux, on ne pourrait pas s'exprimer.

Dieu soit loué. A qui?

Je ne suis ni de droite, ni de gauche. Je suis dans la merde. ça ne porte pas toujours bonheur.

Ce n'est parce qu'on visite un cimetière qu'on connaît ses habitants.

Bretagne. Le temps y est plus présent qu'ailleurs, grâce à la pierre, à l'eau, au ciel. Temps plus magique qu'historique. On peut donc lui résister.

La province, c'est l'autre.

L'amour, c'est la dépendance de l'indépendance.


Georges PERROS




Le texte d'une chanson de Melaine Favennec


Au gui l'an neuf, au gui l'an neuf,
je te donnerai, je te donnerai.

UNE journée, une simple journée de mes jours
DEUX nuits de tendresse
TROIS regards perçants volatiles dans la neige
QUATRE chevaux sellés pour le printemps
CINQ sous dorés pour lancer en l'air dans la mer des poissons
SIX flamands roses couvant dans l'eau
SEPT noisettes et la branche pour chercher l'eau
HUIT sons frêles à la cime des arbres
NEUF étoiles dans un ciel plein de pluie
DIX doigts de la main pour tresser les caresses
ONZE paroles pour te dire que je t'aime
DOUZE mois de l'année pour recommencer

Au gui l'an neuf, au gui l'an neuf,
je te donnerai, je te donnerai.


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Des citations de François Menez traitant des costumes bretons


François Ménez( textes tirés de Voyages en Cornouaille)

Où apparaît mieux encore la fantaisie cornouaillaise, c'est dans les costumes éclatants et d'une diversité telle que jamais aucun pays de France n'en sut présenter de pareille. Par là se manifeste chez la paysanne le sentiment inné de la couleur et le goût naturel qui la porte à emprunter au cadre de mer, de bois ou de landes qui l'enveloppe, les principes de son élégance. Cette même harmonie de l'âme et du paysage se retrouve dans les coiffes qui, quoique dérivant toutes de la coiffe monastique, se diversifient à l'infini, suivant la façon d'épingler les ailerons, de les resserrer en mentonnières ou de les laisser tomber en volutes sur les épaules. La cornouaillaise, au gré de sa fantaisie, a su donner cent formes variées à la visagère, qui n'est autre que l'ancien voile dont la femme se couvrait , au Moyen-Age, pour entrer à l'église. (…) C'est un des plus grands charmes de la Cornouaille que cette variété de la coiffe et du costume, traduisant les nuances de l'âme et de la terre. Car la Cornouaille, très loin d'être une, est divisée comme l'antique Grèce, par ses cours d'eau, ses estuaires indentées, ses chaînes de hauteurs insignifiantes, et un grand nombre de " pays " dont chacun a son caractère, son génie propre, son individualité bien marquée.

C'est le pays de la collerette, dont les femmes égayent leur costume, aussi bien à Scaër, Pont-Aven, Quimperlé qu'à Guiscriff et Bannalec. Leur grande affaire est d'être belles, et de poursuivre le plaisir. Elles aiment les riches velours, les fonds de coiffes aux couleurs tendres, les lourdes broderies d'argent et d'or.

La Quimpéroise dut lui plaire. Il ( Ernest Renan ) l'aima pour la langueur tranquille de ses yeux, pour sa grâce aimable et modeste, pour son goût de mesure qui lui fait apprécier le charme d'une coiffe minuscule et d'un sobre ajustement, pour son amour de la jeunesse et de la vie qui la porte à souhaiter, comme le meilleur des biens, " des yeux gardant indéfiniment leur attrait, des lèvres fraîches pendant mille ans, des cheveux qui ne blanchiraient jamais ". Amoureuse, elle l'est certes, mais sans fougue ni folie, tempérant par un souci d'harmonie et de bienséance les ardeurs de la passion. Elle est assez semblable à ces madones lombardes, radieuses et pacifiques, qui penchent sur leur " bambino " la tiédeur de leur chair heureuse et le doux éclat de leur sourire bleu de lin.

Qualités et défauts se retrouvent dans une confusion égale, chez les femmes de Douarnenez. Coquettes, fantasques, imprévoyantes, elles ont le goût immodéré du plaisir, de la danse, de la parure. Elles dépensent sans compter le gain des belles pêches, quitte à misérer aux mauvais jours, quand les sardiniers désarment ou que leurs maris et leurs frères sont réduits à pêcher, au filet à trois mailles, dans les fonds, les dormeurs et les araignées de mer. Mais elles ont sous le châle, élégamment drapé, sous la coiffe que dissimule à demi la bordure ébouriffée des cheveux, une finesse, une distinction natives, quelque peu hautaines, peut-être héritées d'un lointain sang espagnol. Et leur taille haute, flexible, onduleuse, leur teint clair, leurs yeux allongés, verdis à force de scruter les profondeurs de la baie, font d'elles de véritables praticienne de la mer.

Le pays de Fouesnant se prolonge par Clohars et Pleuven ? jusqu'à la bleue coulée de l'Odet. (…) On s'attend à voir sortir des hommes d'un très vieux temps en habit à basquines, et s'exprimant dans l'archaïque langage des conteurs. Les femmes en corselet noir et collerette, avec leur teint de pomme fraîche, jettent un éblouissement au pas des portes, où elles brodent et tricotent en bavardant, à longueur de jour.

La fouesnantaise se plait aux lointains voyages et est amoureuse du plaisir ! Rieuse, coquette, elle raffole des beaux atours : des collerettes tuyautées, des rubans aux couleurs tendres, des devantiers rose ou lilas, des théories éclatantes. On la rencontre dans tous les pays de Bretagne, accorte et quelque peu frivole. Mais elle émigre aussi bien vers les grands centres comme rennes, Nantes et Paris, où elle se " gage " comme servante, toujours avide de bruit, de musique, de danse, de lumière, apportant dans la brume ou la fumée des villes la note riante de son costume, de son visage, rose et clair comme, aux alentours de Pâques, les cerisiers de son pays.

LE PAYS BIGOUDEN : Rêveries, sans doute, que ces suppositions d'érudits et de poètes, qui veulent retrouver, dans les dessins des plastrons ou la forme des coiffes les attributs des vieux cultes d'Asie ; rêveries, encore, que ces hypothèses qui tendent à voir, dans le prolapsus de la lèvre inférieure et dans la saillie des pommettes la preuve des origines tyriennes ou mongoliques de la race . Car ce sont là déformations du visage, dues à la pression, exercée dès l'enfance, des lacets du coëf-bléo. Mais l'esprit païen subsiste, plus qu'on ne pourrait le croire, dans ce pays si longtemps fermé à toute influence du dehors ; et c'est ce qui explique, pour une large part, son goût si marqué des couleurs, des parures, d'un luxe éclatant et barbare.

Le type bigouden est bien loin d'être rigide et uniforme. Il varie de canton à canton et de village à village, sous l'effet d'influences diverses et parfois insaisissables. C'est ainsi que le paysan de Plobannalec se distingue nettement, par ses coutumes, ses croyances, sa façon d'envisager le monde et la vie, du pêcheur de Lesconil dont ne le sépare qu'un mince cordon de dunes. Et la classique Bigoudène, de Plovan ou de Landudec, compassée, hiératique, avec ses yeux bridés et ses raides formes d'androgyne, ne rappelle que d'assez loin telle jeune femme de Pont-l'Abbé, " friteuse " ou dentellière, au sourire rouge de bacchante, entrevue, un soir de Tréminoue, dans un angle du Marc'hallach, toute chaude encore de l'ivresse du " jabadao ".

Sans aucun doute, certains traits du caractère espagnol se retrouvent, assez accusés, chez bon nombre de belles Bigoudènes, dont la carnation d'ambre, les yeux de feu, la taille élancée et nerveuse évoquent plutôt quelque Soledad ou quelque Carmen passionnée que la Quimpéroise blonde et un peu dolente. (…) De même les fillettes endimanchées, sous leurs jupes aux plis roides et leurs bonnets rutilants, ont la grâce un peu compassée des petites infantes.

PARDON DE GUINGAMP : Puis c'était au long des rues , pavoisées de guirlandes et d'oriflammes, le heurt joyeux des langages, des costumes et des coiffes, depuis les Gwénédour à toque noire, aux longs yeux pensifs de Préraphaélites, des pays de Cléguérec, de Baud et de Guéméné jusqu'aux Kernévot éclatants comme des personnages d'enluminures, avec leurs galons, leurs mitres et leurs plastrons d'or, leur " chupenn " enrichis de saint-ciboire, tranchant sur les costumes modernes et les châles sombres du Goélo et du Trégor. Des gens mangeaient du pain doux, avec des cerises, sous les tentes, en attendant la grande exaltation du soir.

On se garde de même d'abandonner le vieux costume. La coquetterie cornouaillaise n'y trouverait point son compte. La paysanne accepte bien, pour les gros travaux de la semaine de s'habiller d'une façon moderne, mais elle veut retrouver, pour le dimanche et pour les fêtes, la coiffe, le collerette, le corselet de velours qui fait mieux ressortir la plénitude et la grâce des formes.

Affinée par un long temps de vie facile, la race cornouaillaise, au pays glazik, porte sa fleur. Sociable et pacifique, l'homme y est équilibré, plein de finesse ; la femme, blonde et d'une grâce dolente, porte un petit hennin et serre sa longue taille dans une gaine de velours.




François Ménez( textes tirés de Promenade en Trégor)


(…) Pour l'automne, presque toutes les filles étaient mariées. Il y avait pour celles qui n'avaient point eu de chances, un pardon de repêchage, ou un galop d'essai pour la prochaine saison : c'était Beauregard, au temps, déjà, des premières feuilles sèches d'automne, devant une auberge qui domine la vieille côte de Billien. Un pardon presque triste, sur lequel le soir tombait vite et où l'on jetait aux filles des fleurs sèches de chardons, qui s'accrochaient aux cheveux, aux châles et aux coiffes, et qu'on appelait par manière de dérision des " fleurs de pauvretés " ( boquedo paourenté).

On se rencontrait en de grandes circonstances, comme aux foires de Bré, aux pardons de Bulat ou de Guingamp, où le Kernévot du pays noir venait éprouver sa force, en essayant de mettre en branle le gros bourdon du Bon-Secours. Mais on ne fraternisait guère, et les uns dévisageaient les autres, avec assez de hauteur. Et de notre temps encore, les filles de Bulat ou de Plougonver pourront se vêtir, en renchérissant, à la mode de Tréguier, avec des châles opulents et des coiffes à bord effilés ; elles n'en demeurent pas moins, quoique aussi charmantes de corps et de visage que les Trégorroises à qui souvent il arrive de n'être point belles, que des Trégorroises de deuxième zone.

BREHAT : Mais le soir, dans l'île silencieuse, était doux entre toutes les heures. […] Les femmes rentraient de la pêche aux ormeaux, hiératiques sous leurs coiffes noires.

GUINGAMP : Le pardon étalait au soleil de juillet ou aux lueurs de son triple feu de joie, la bigarrure de ses costumes, -chupens, bourlédens ou bragou-braz - et le flamboiements de ses rubans, de ses boutons, de ses plastrons, de ses paillettes, de ses Saints-ciboires d'or, brodés dans le dos, et de ses arabesques bigoudènes.

Une fois l'an, l'occasion m'était donnée, d'aller de Saint-Clet à huit lieues de là, à Loguivy-Plougras, le pays de mon père. C'était une expédition, ma meilleure joie de l'année, qui me préoccupait plus d'un mois à l'avance[…] On s'arrêtait pour boire aux auberges, faire souffler le cheval, toutes les deux lieues du chemin. Passé Guingamp, on entrait par Grâces, au plein cœur du pays inconnu. Les chapeaux changeaient et les coiffes.

Au cours de mes randonnées dans les campagnes de Pélem, je mangeais assez souvent, à raison de quatre francs le repas - café, cidre, vin compris - chez la bonne vieille hôtesse Modeste Février, de Trémargat, ou, au bourg de Lanrivain, chez les demoiselles Touboullic, qui portaient la coiffe de Tréguier et savaient apprêter une omelette aux cives, baveuse et odorante, que n'eût point reniée Prosper Montagué.



François Ménez( textes tirés du roman L'envoûté)


La cadette de Guélodour, qu'on disait assez jolie, et Maryvonne Kernénez, la plus opulente penhérez de la paroisse, lui paraissaient gauches et disgracieuses, quand il les comparait à Marie-Rose. Elles revêtaient de riches atours, pour porter, au dimanche du Saint-Sacrement, la bannière de la Vierge, mais le tulle brodé de leurs catioles, ni les franges soyeuses de leurs châles n'arrivaient à cacher la lourdeur de leur corps.

Le dimanche, à la grand'messe, il s'amusait à les rechercher, dans le remous neigeux des coiffes. En fermier parvenu qu'il était, son cœur se gonflait d'aise à se dire que l'une de celle-là deviendrait sa bru.

Elle aurait des châles brodés, des coiffes à fond de dentelles et des piles de draps frais fleurant bon la lavande. Le lundi, dans sa voiture repeint à neuf, elle descendrait au marché de Pontrieux pour y vendre, sur la " levée " son beurre et ses œufs…Elle vécut jusqu'au soir, enivrée de ce rêve. Et à partir de ce moment, on la sentit plus câline et plus coquette. Elle échancra hardiment son corsage, pour mieux dégager sa nuque et sa gorge. Elle disposa ses cheveux suivant une mode plus récente, allongea les petits bords de sa coiffe. Elle ne perdit plus une occasion de rire ni de découvrir ses dents, qu'elle avait blanches et jolies.

C'était sa seule échappée de la semaine. Elle revêtait, pour cette sortie, ses hardes plus seyantes des jours de fêtes : un corsage plus coquet, à devantier de velours, un long châle de laine qui la drapait jusqu'aux chevilles et donnait à son allure une certaine noblesse, une coiffe aux " petits bords " effilés en forme d'ailes, à la manière des belles Trégorroises. Ces vêtements mieux ajustés accusaient davantage les formes rondes et souples de son corps.

C’était une fine créature, portant à se damner le châle à franges et la coiffe du pays. Mais aussi bien elle se savait belle et ne fut point assez sage pour garder sa beauté des embûches.

On y voyait venir des petits enfants, pâles comme la cire des cierges, serrés sur le giron robuste des Kernewodez à grandes coiffes ; et des jeunes hommes qui se traînaient, portant dans leur regard une flamme de désespérance.

Sa taille s’était amincie dans un corsage de citadine, qui en épousait joliment les contours et lui découvrait un coin de gorge nue. Ses cheveux, sous le tulle aérien de la coiffe, bouffaient à la mode des villes, ses mains, où brillaient deux bagues, étaient effilés et blanches comme des ailes de colombes.



François Ménez( textes tirés PROMENADES EN LEON)



Le Léon a de même gardé fidèlement son costume : pour l'homme l'habit à la française à la taille pincée et a basquines, qui n'a guère changé depuis Louis XIV, le gilet tendu sous la ceinture à plusieurs tours qui cambre le torse, découvrant la blancheur du plastron étalé ; pour la femme, la robe monacale uniment noire sous le châle, froncée au col et aux poignets, qui rappelle les saintes des vieilles Visitations, et la coiffe - sparl ou chikoloden - à large mentonnière, cachant, comme une offense au ciel sous sa résille, les torsades brunes ou blondes des cheveux.

Les pardons eux-mêmes, diffèrent de ceux de Cornouaille ou de Trégor, célébrés dans des décors d'églogue, dans un éblouissement de coiffes, de rubans, de paillettes, de plastrons rouges ou orangés, tels ceux de la Tréminou, en Pont-S'Abbé, de Notre-Dame de Coadry ou de Sainte-Anne de Fouesnant. Ils sont "des fêtes de l'âme", sans musique, de binious ni divertissements profanes, ni tumulte forain. On s'y rend pour les oraisons à la chapelle et les dévotions aux fontaines saintes. Quiconque a entendu le Credo du Folgoët, dans la mélancolie des premières brumes de septembre, entonné par des milliers de voix, n'a pu oublier cet hymne puissant et grave, roulant, mêlé aux fracas des cloches, sur l'immensité du plateau nu.

Le pays « justinok », qui doit son nom à l’étroite veste à basquines qu’y portent les paysans, déploie du Haut-Elorn à Lesneven, La Martyre et jusqu’aux approches de l’océan, son plateau à peine ondulé, coupé de place en place par les petites vallées des abers.

C'était bien autre chose, jadis, avant qu'existât le grand pont. Brest et Recouvrance étaient deux villes distinctes. On passait la Penfeld sur un bac a péage qui reliait la cale de la Rosé au débouche de la rue Neuve. Nombreux étaient ceux qui ne traversaient la rivière que deux ou trois fois 1 an; pour la fête de l'Empereur, la fête-Dieu ou autres occasions solennelles. Les vieilles en coiffe cardaient la laine et fumaient la pipe sur le pas des portes.

Ce fond d'estuaire où Morlaix s'est construit, au confluent du Jarlot et du Queffleut, ne pouvait manquer de devenir un important centre d'échanges. La campagne qui l'environne, à l'Est, et au Sud, a comme un air de bonheur. Le Trégor, assez souvent grisâtre et barbelé de lande sur ses bords, y prodigue ses grâces avant de finir. La mer, qu'on respire sans la découvrir, y souffle, par bouffées, son odeur de sel et de violette. Les femmes, sous la "touken", comme les filles de Kerjean, y ont un plus grand souci d'être belles. On y parle un breton plus doux, on y entend chanter la Bretagne, au charme demeuré intact, des chapelles et des fontaines.

Morlaix est enfin du Trégor par l'animation le va et vient, la gaité bruyante de ses ruelles si antiques et pourtant si modernes, où les coiffes des trois evêchés : touken, sparlen et penmaout dansent des rondes enrubannées, où sur le pas des vieux logis du quartier Saint-Mathieu, des grands-pères, à l'œil luisant de malice, se laissent aller à leur verve conteuse, la journée finie, en attendant le "zer ar noz".

En lutte perpétuelle avec les éléments, le Pagan s'est donc obstiné à vivre, endurci par sa misère, avec ses mœurs et ses conceptions d'un autre temps. Ici est plus vrai que dans tout le reste du Léon cet adage :
Ar c'hiz koz, ar c'hiz gwirion.
- les anciennes modes, les seules qui soient.

Le costume, surtout masculin, s'est par contre modernisé. La casquette si banale remplace souvent le "tok seïz" à rubans, même dans les enterrements et les noces, et le veston de confection tend a l'emporter sur le "chileten", veste courte aux manches bouffantes, agrémentée de deux rangs de boutons noirs. Le "bonet glaz" ou bonnet bleu coiffure de travail, a, ces dernières années totalement disparu. La "kalaboussen", passe-montagne de drap par quoi se distinguaient les vieux pilleurs d'épaves, n'est plus guère arborée que par les anciens des paroisses.
Les femmes demeurent fidèles à la coiffe blanche ou "chelgwen" dont les pans retombaient autrefois sur les épaules, à la façon monastique, mais se font de notre temps, de plus en plus courts. Elles revêtent, le dimanche, le grand châle, brodé pour les riches et alourdi de franges, noir pour les vieilles et, pour les jeunes, de couleurs aimables : bleu, vieux rose ou réséda.
Aux processions et aux grands mariages reparaît encore « l’habit Damas » de soie rouge ou violette, brodé d'or et d'argent avec ses petits châles multicolores superposés, la coiffe carrée de dentelle blanche sur fond de couleur, rehaussée par la longue chaîne en sautoir, la grande croix et le cœur d'or.
Cette coiffure carrée, commune à Brignogan et Plounéour-Trez, est remplacée à Goulven, Kerlouan et Guissény, par le hennin ou "cornette" blanche.
Les hommes et parfois les femmes de la côte, portent le "cab gwen" ou "cab burel", veste épaisse de flanelle blanche avec capuchon, pourvue d'une double poche s'ouvrant sur les côtes. Quant au goémonnier, il restera des heures a la mer, par les froids les plus vifs, protégé par sa cape blanche imperméable, culotté court du "braguez bihan de flanelle bleue, les pieds nus dans ces sabots de bois, garnis de paille ou de foin, qu'il appelle les "boutou torchou foën".
De plus en plus rares sont aussi les vieilles gens des villages qui se font couper les cheveux, à l'ancienne mode, en couronne, deux fois l'an ; a la chute des feuilles et au chant du coucou.

Toute en contrastes, la rade de Brest résume les aspects multiples de la côte bretonne. Elle a des recoins d'une sauvagerie absolue, comme le désert du Poulmic, d'un blond de lande et de sable et le tertre du Corbeau, où André Chevrillon m'a dit avoir admiré, un matin de printemps, trois petites Plougastelen habillées en dimanche et qui mauves et bleues au milieu de l'herbe, sous le Justin et le bonnet à trois pièces, avaient la grâce un peu apprêtée des petites infantes.


Du vaste monde où vagabondent les Ouessantins, leurs femmes ne connaissent que les vapeurs qui les relient au continent, les rues de Brest où elles l'ont de rapides voyages, à l'occasion d'une grande foire de septembre ou d'une revue navale, et les beaux noms des escales : Dakar, Chang-Haï, Singapore, lus au cachet des enveloppes qui, pour venir jusqu'à elles, ont si longtemps couru les mers.
Il émane d'elles un charme primitif et un peu barbare. Leur corsage au col paré de rubans aux tons vifs, serré au corps par des épingles a tête ronde, leur bonnet noir recouvert du "goricher" qui rappelle la "gorra" des Romaines du Transtévère et laisse en liberté leur chevelure, leur donnent l'apparence d'idoles de quelque culte d'Asie.
Où se manifeste dans sa plénitude ce charme de filles sauvages, c'est à la messe, le dimanche, dans la petite église de Lampaul, environnée de la rumeur du vent et de la mer. A la cloche de l'Elévation, toutes les têtes s'inclinent et, dans cette minute ineffable où les nuques se penchent, on ne distingue plus, dans la nef, qu'un ondoiement de toisons, rousses comme les algues brunes, comme la nuit, dont la senteur, qui vous pénètre profondément. mêle au parfum mystique de la cire fondue et de l'encens un relent de volupté païenne...






Des citations de André Suarez traitant des costumes bretons


André Suarez( textes tirés du Livre de l'émeraude, 1900)



Elle s’est mariée comme elle avait un peu plus de vingt ans. Elle était toute frêle. Elle serait fine encore, si elle ne portait pas la lourde robe des Bretonnes, qui recouvre un épais bourrelet, sorte de cerceau en crins, où les jupons et la cotte se retiennent. Car, même en ville, les Bretonnes du peuple n’ont pas de corset. Si Naïk en avait un, sa taille serait longue, mince, un peu carrée et droite. Elle est maigre. Elle est grande plutôt que petite. Elle a la gorge un peu haute et moins ronde qu’en pente douce, sous l’ovale des seins. Elle est blonde, comme le sont seulement les paysannes de Bretagne : petites filles, elles ont les cheveux de miel ; le soleil ensuite les hâle ; la blonde lueur prend les tons de cuivre et de l’oignon brûlé. Sinon les blondes d’Italie et de l’extrême Nord, il n’est pas de femmes qui aient les cheveux d’une plus belle couleur, selon mon goût.

C’est une solide bâtisse, en pierre grise qui brille. Et par la porte ouverte, plein d’une ombre rousse, on voit dans la salle déjà noire, où luisent les charbons rouges au fond de l’âtre une jeune femme debout près du dressoir, qui, les bras arrondis, comme si elle appelait la nuit à elle, range sa coiffe…

EN FOUESNANT : Concarneau est le port de ce petit peuple, et a été sa place forte : mais la ville des marins est bourgeoise ; et, comme presque partout en Bretagne, elle se distingue de la contrée paysanne. La coiffe de Concarneau n’est pas celle de Fouesnant qui, sans doute, est la plus élégante de toute la Cornouaille. (…)Dans leur opinion, les gens de Fouesnant n’ont pas de pareil en Bretagne : ils habitent le plus beau pays, où les meilleurs pommiers donnent le meilleur cidre ; et où les plus beaux gars ont les plus belles filles, qui portent les plus belles coiffes. Mais leurs femmes sont de plus de prix encore : grandes, sveltes, elles ont de longs visages aux traits purs, et qui le restent même quand elles n’y ont plus droit ; elles ont de longues lèvres, dont le sourire est toujours un peu grave, et ces yeux changeants où l’on aime à suivre les caprices du ciel. Dans leur douceur les filles ont aussi de cet air hautain qui semble naturel à la grâce virginale, et qui sied à la femme non soucieuse de plaire : trait de noblesse véritable. En vain, les jours de fête, l’ornement du tablier, les broderies et les perles, prétendent égayer la sévérité ordinaire : leur jupe noire, le corsage noir paré de velours, et la coiffe blanche participent du cloître. La plupart de ces Bretonnes ont une grâce monacale ; le parfum de leur charme est ancien. Les coiffes paysannes ne sont que des hennins, portés jadis par les grandes dames ; et la jeune fille de Fouesnant rappelle à la fois les Bernoises de Holbein et Flora la Romaine, qui tant fut belle et qui est morte.

Et, le long de la haie, d’un pas rapide, une jeune femme, vêtue de noir, s’avance, pareille à la pensée de mon rêve triste. C’est une paysanne ; et, peut-être, au jour, n’a-t-elle rien pour séduire. Mais, à cette heure, son visage, sous la coiffe blanche et les lacets qui serrent les joues, semble, en sa pâleur délicieuse, d’une grâce et d’une douceur étranges. Elle passe, les mains croisées devant elle comme une ombre silencieuse près de moi.

Je la contemple, frappé d'admiration. Elle pouvait avoir vingt-deux ans. Elle était grande et svelte même sous le costume de Pont-l'Abbé qui alourdit toute taille ; et même sous la coiffe bigoudène, la forme de son visage restait d'un pur ovale. Elle laissait voir de ses cheveux, dont les boucles longues étaient de la couleur du filin roux, quand il brille au soleil. Elle avait de longues mains blanches et des lèvres en arc, de ce pourpre délicat et brûlant qui est propre aux œillets. Qu'elle était belle dans sa souple jeunesse….Mais l'air de ce visage en était la merveille : on ne sait quoi de chaste et de voluptueux ensemble, de grave, de paisible et de séducteur, comme si une âme enfantine et courtisane s'épanouissait à la même heure dans la fleur de ce corps. Qu'elle était belle, et plus que tout, de sembler si inconsciente. En vérité, une beauté seigneuriale : la grâce de celle qui est sûre de toujours séduire, et qui n'a jamais trouvé un homme qu'elle ne l'ait soumis et charmé. Elle me rappelait la fauve et tranquille vénitienne, que Titien montre dans sa chambre et que Carpaccio promène dans les fêtes. Elle souriait à peine, indifférente. Le noble être, plein de vie, de rythme et d'harmonie, sans une réflexion, sans une ombre…Je ne me lassai pas de l'admirer, capable de tout, avec la même tranquillité douce et le même sourire, capable même de passion, et pourtant de ne jamais servir qu'au désir. André SUARES, Le livre de l'émeraude, 1900

LA DANSE : Elles dansaient dans la lumière violette du couchant, où couraient encore les vapeurs d'une journée d'orage. Non loin de l'entrée du manoir, sur le pré dansaient les jeunes filles. Elles étaient dix ; et l'une d'elles, assise au pied d'une croix, chantait la ronde, d'une voix argentine. (…) Elles dansaient, les jeunes filles, toutes vêtues de noir, en coiffes blanches, pareilles à des sœurs qui se chérissent. Leurs pieds retombaient doucement sur l'herbe molle, et ne faisaient pas de bruit. C'était une danse sans folie, un lent balancement, où l'on voyait les rubans de la coiffe flotter autour des visages, comme sur les rochers les algues marines, et les coins de la collerette blanche se soulever comme des plumes sur les seins. Elles se tenaient par trois ; et tantôt elles faisaient une ceinture à la prairie ; tantôt elles y erraient en courbes sinueuses, comme l'eau d'une fontaine qui s'épanche, dessine des méandres et cherche son chemin. Quand elles faisaient face aux derniers rayons du soleil, la bouche de l'une brillait, semblable à l'églantine rouge que mouille la rosée ; une lumière triste et tendre, telle une lampe derrière les carreaux d'une maison solitaire, vacillait dans les yeux de l'autre ; et ces filles modestes ouvraient à leur insu des lèvres, qu'un soupir d'ardeur avait seul décloses. André SUARES, Le livre de l'émeraude, 1900

Le nom de Glazik est celui qu’on donne aux Bretons vêtus de bleu, qui habitent l’intérieur des terres en Cornouailles, entre Kemper et la montagne. Le costume des hommes est sans doute le plus beau de Bretagne, depuis que se perdent les modes luxueuses d’autrefois. Le vieillard qui me fit un accueil si affable, portait un vêtement de ce style, et du goût le plus raffiné, quoiqu’il n’eût déjà plus les larges braies, ni la culotte, et que l’étoffe de ses habits ne fût pas des meilleures. La beauté de ce costume tenait à un choix exquis des couleurs. Sur un gilet de drap noir roidi par une armure de toile, une première veste carrée de drap blanc, ornée de larges bandes en velours noir, débordait, serrée seulement à la taille, où elle était lacée étroitement,-sur une seconde veste à manches, en drap bleu, moins étoffée, d’où la première émergeait en gorgerin. La veste bleue était parée, elle aussi, de large velours noir et de fils en soie jaune, à la place des boutons. Rien n’eut mieux fait valoir le port élancé d’un homme, ses vastes épaules, et sa figure rase à cheveux clairs, que cet accord harmonieux de bleu, de blanc et de noir, piqué de quelques points orangés. Voilà pourtant le costume d’un paysan, qui ne le portait pas pour qu’on le vît, mais par habitude et par tradition. Qu’on y compare le misérable habit des villes, et du plus riche bourgeois comme de l’ouvrier. Je m’étonne que les Bretons aient montré si peu d’aptitude à la peinture, avec un si grand goût dans le choix des couleurs, pour le vêtement. Peut-être ont-ils prodigué tout ce qu’ils en avaient, dans l’invention qu’ils ont mise à se vêtir.

LE BAIN : En rang, lourdes et mal vêtues, les petites filles suivent lentement le sentier qui tourne entre les buisson, au-dessus de la grève. Elles occupent, noires, toute la largeur du chemin courbe, pareilles à de grosses fourmis dressées contre un obstacle. Elles font un ruban sombre sur le sol blanc. L’air blond, que le soleil inonde, pétille. (…)Les petites attendent un ordre. Enfin, il est donné : elles se jettent sur le sable, et ôtent leurs souliers. Les petites filles tirent leurs bas : voici déjà les pieds nus et les jambes. Les plus grandes ont des mines circonspectes ; elles aident les autres à relever leurs jupes, et les fixent par derrière avec des épingles. Toutes se retroussent, les unes jusqu’aux hanches. Elles jouent dans l’eau ; elles s’avancent, gracieuses et maladroites, de pierre glissante en pierre moussue ; elles ont de l’eau jusqu’au genou ; elles cherchent des coquillages, les crevettes grêles et les crabes trapus. Elles poussent de petits cris, ou des rires aigus, pleines de joie. Elles s’amusent ; elles sentent l’air tiède qui les caresse, et la vague fraîche qui les chatouille. Quelques-une s sucent des algues, ou des coquille pêchées. Parfois, elles perdent pied, et l’on voit leurs bras, en balancier incertain, qui se projettent de côté, pour tenir l’équilibre ; les bras sont nus aussi ; et les cheveux, rompant leurs liens, tombent, en nattes ou en boucles sur les épaules, mal retenues par les coiffes. Elles folâtrent, ces petites recluses…Toutes ces petites filles sont blondes ; et la couleur de leur chair est charmante, blanche, finement veinée, et chez quelque-unes brillant d’un reflet d’or, duvet imperceptible. Elles ont de longues jambes, déjà pleines plutôt que maigres ; et la naissance des cuisses a déjà le galbe de la fleur adolescente. Cette peau, si fraîche et si neuve, est tentante à voir comme un fruit. (…)L’homme qui est là ne paraît pas être du pays ; il n’est vêtu ni comme un paysan, ni comme un matelot, c’est l’ennemi. Les petites sortent de l’eau ; une, qui veut aller trop vite, glisse ; et dans l’effort qu’elle a fait pour se retenir, elle se découvre un peu : elle rougit, près de pleurer. Toutes ont repris leurs bas, et se sont chaussées. Ces petites, si jolies tout à l’heure, décoiffées, demi nues, sont maintenant ingrates, lourdes et tristes sous leurs habits de deuils. A peine ont-elles dépassé la barrière, et sont-elles à travers champ, elles se reprennent, bavardes, gaies, à rire et à parler. Sous la petite coiffe qui leur serre la tête, les cheveux forment une boule blonde au soleil ; et, marquant lourdement le pas avec les sabots, toutes s’en allant avec lenteur, d’une démarche balancée, pesantes dans leurs jupes trop larges, elles ressemblent à une bande de petites vaches rousses.

Kemper, la ville blanche et grise qui porte les tours de sa cathédrale comme une coiffe.

PONT L’ABBE : On peut, ici, ne pas entendre un mot de français, si l’on veut. Pendant les fêtes de la Tréminou, qui durent trois jours, la ville est une fille folle ; mais son délire de plaisir n’est point pareil aux autres : il reporte l’esprit à des temps anciens ; cette folle est paysanne et bretonne : on dirait que cette ville en fête ne compte pas un bourgeois. Elle a les lèvres barbouillées des Ménades, et leur rire de pourpre ; elle bondit, et l’Orgie puissante de la nature, l’âme païenne de l’instinct font le rythme de la danse. On a la sensation si rare de vivre un moment dans un Royaume inconnu ; et c’est à Pont-l’Abbé, comme en certaines contrées d’Ombrie ou de Toscane, que l’on pense avec délices trouver ce qu’on ne trouve pas ailleurs, et que bientôt on ne trouvera plus. Les hommes ont un costume qu’on ne rencontre nulle part, brillant et bizarre. Les femmes portent trois jupes en étage, et une coiffe pointue qui rappelle les symboles et les cultes orgiaques de la vieille Asie. Les broderies jaunes, la coiffure, les mœurs, tout ici est singulier et semble plus ancien que la Bretagne, elle-même si parfumée d’ancienneté. Les femmes ont dans toute la Bretagne, et surtout à Kemper, la réputation de folles amoureuses. Les bigoudens sont à ce point particuliers parmi le reste des Bretons, qu’on leur prête une origine différente, presque fabuleuse : les uns les font descendre des phéniciens : Tyr aurait envoyé une colonie sur ce point de la côte ; les autres les rangent au nombre des Mongols. D’autres, encore plus incroyables, prétendent voir dans la Phénicie une colonie de la Bretagne, et se demandent si, par hasard, Jésus-Christ n’était point de sang breton. Rêveries, où il faut voir pourtant le caractère singulier de ce petit peuple au milieu de la race. Mais quoi ? les clans bretons diffèrent entre eux, à l’infini.

Elle était immobile près de la haie, et sa main reposait sur la barrière. Grande et sombre, elle regardait obstinément vers la mer. Sa coiffe, en forme de hennin carré, se retirait un peu sur le haut de la tête ; et les lacets en étaient rejetés sur les épaules. Les cheveux brillaient doucement autour du beau visage blanc, comme sur un vitrail un trait d’or serre une figure. (près de Kemper, en juillet)

Un peuple immense va et vient, monte, descend et tourne autour de la montagne. Beaucoup sont pieds nus, le front découvert, le chapeau à la main. Toute cette procession d’hommes, en vingt flots qui se croisent, est noire dans la lumière. Mais la couleur de l’assemblée n’en est que plus éclatante ; parmi les bannières éployées, les reliquaires de métal, et le brocart qui scintille, les jeunes filles et les femmes, les beaux visages de perle enchâssés dans les coiffes de dentelle et de linges blancs, se balancent, frissonnent, se baissent et se relèvent, lys candides, - tandis que d’autres femmes, et les enfants vêtus de rouge, coiffés de bonnets écarlates, jaillissent, pavots naïfs, et fleurs de pourpre. ( Après-midi de pardon. En juillet )


Andre SUARES : Landes et marines, 1902.

La rumeur de la fête roule comme un tonnerre rouge. Au Pont-1'Abbé, la joie est un incendie. La fureur de la danse crépite. Elle vole, elle tourne, elle déroule sa spirale de cyclone, la danse, cet aspect vertical de l'amour. Les pieds battent la terre, vendangeurs du plaisir. Les femmes ne tiennent plus au sol, tant elles sont ardentes à baller, et dans leurs lourdes cottes, tant elles sont légères. Elles ouvrent la bouche, et leur langue mouille leurs lèvres, comme si elles goûtaient une boisson trop chaude. C'est le miel brûlant que verse la parole des hommes quand ils éclatent de rire. Un étonnant spectacle, rouge et noir, noir et blond. Ce ne sont presque que paysannes et paysans, tous en habits de fête. Le costume singulier des Bigoudens, qui pris un à un peut ne pas plaire, n'a tout son caractère que dans la foule. Je sais gré, ce soir, à la coiffe qui encaque le visage des femmes et à la veste trop courte des hommes, qui faisant la pointe par derrière, leur donne un air de monstrueux poussins, plumés au croupion. L'harmonie fauve de la fête berce mes yeux, comme un soleil couchant sur une mer de chair. Le noir, le jaune et l'orangé s'étagent, le velours et la broderie de soie, un chant de clarinettes et de cors sur une basse d'orgue. Le peuple entier forme une prodigieuse créature au corps d'encre, écaillée d'or, et squamée de feuilles rousses. Lourde, la gaieté de ces paysans, lourde et resplendissante comme les meules à midi. Rieuse, elle sent la violence, et, dans le bon rire même, une ivresse inquiétante. Les paysannes trinquent avec les paysans, ils sentent l'eau-de-vie, elles, ont l'odeur de paille vivante, de vanille et de désir, qui perle à la peau des jeunes femmes avec la sueur. Une ardeur puissante à l'amour se manifeste sourdement, à la manière d'un orage qui s'approche. Les regards et les gestes ont les courbes de la flamme, et les mêmes anneaux. Sur l'onde de cette foule, je frémis à la vibration : en ai-je jamais vu où la violente envie de l'embrassement frissonnât de plus près, au creux du dos ? Et moi aussi je condense les frissons, du talon à la nuque, le chaud bénitier où la volupté trempe d'abord un doigt. […]Les femmes aux lourdes jupes, cherchent, infatigables, le rythme de l'orgie, ces passionnées amoureuses. Et seuls les matelots de Tudy, plus sobres, plus rieurs, d'une gaieté moins orgiaque, savent se mêler ici aux paysans. La belle fille règne, au milieu d'une cour qui se la dispute; et rien ne dément son chaste visage, que la furie tranquille d'un lent regard enivré. Là-bas, sous le hangar, quelle danse ! Les gars veulent-ils creuser la terre ? Les jeunes filles sont rouges, leurs yeux sont émaillés de rire, et quelques-unes ont la figure d'une pâleur nacrée, où la bouche fait une fleur de sang, comme un œillet double sur un plat de vieil argent.


Ile Tudy, fin juillet :
Tout est marin, ici ; les maisons ont un air de gaillards ; le vicaire dans son canot souque de l'aviron ; et les petites filles jouent dans les barques. Cottes troussées jusqu'au genou sur les jambes nues, les femmes aux traits hâlé travaillent à la sardine ; et sur combien de têtes désolées, que le même ouragan fit veuves, la petite coiffe en dentelle n'est-elle pas posée ?


La grève de Combrit :
A l'heure déserte de la canicule, je suis venu sur la plage ; c'est l'heure que je fuis, parce qu'elle m'obsède ; et parfois je m'y noie, par peur du naufrage […]Nu, couché de tout mon long sur le ventre, je presse la plage de mes cuisses ; je cuis au bord du flot ; j'aspire la lumière, comme l'éponge avale l'eau. […]Les filles de l'île, il me semble, là-bas, là-bas, s'en vont en file à l'usine. Et nu, je voudrais les voir nues, et les cheveux pendants sous leur coiffe de dentelles.


Les lavandières :
Comme elles rient, ces blondes aux yeux clairs, parmi le murmure de la fontaine. Le charmant soleil du matin n'est pas plus rieur, ni plus blond qu'elles. […] Les femmes rient, au bord du ruisseau. […] plus haut que le murmure de la fontaine et le rire du ruisseau, rient les jeunes filles et bavardent les femmes. Au lavoir elles sont entre elles, délivrées un moment de la maison, du maître et des soucis. Elle font cercle, penchées sur le linge, comme les hommes à l'auberge, quand ils manient les cartes. Les coiffes mal fixées laissent passer les boucles blondes. Ces doux yeux de femmes brillent enfantinement de malice, de plaisir ou d'indignation. Car elles s'indignent aussi contre telle qui n'est pas là, et telle autre qui ne peut les entendre. Chacune a rapporté ses anecdotes du Pardon, où la semaine dernière elles étaient toutes. Deux jeunes filles, côte à côte, ne cessent pas de se parler en confidence, tantôt fredonnant un air que jamais elles n'achèvent, tantôt éclatant de rire. Et elles lancent des regards moqueurs sur les autres femmes. Leurs yeux sont verts sous les feuilles. Elles sont agenouillées, et parfois presque couchées sur les pièces de linge ; et la ligne de leurs flancs s'allonge, comme celle des nageuses. Elles ont les bras nus jusqu'aux épaules, des bras ronds et fermes, que termine une main rouge. Mais au-dessus du coude, la peau est blanche ; la lumière, que tamise le feuillage, y mouille un léger duvet d'or ; et la chair des jeunes filles, à la saignée, semble faite de nacre. Le battoir, au milieu de la paume, elles frappent de grands coups qui claquent. Le linge gonflé s'affaisse et bave son écume. Ou bien, brusquement cambrées, donnant du torse, elles se rejettent en arrière ; elles tordent la masse savonneuse, qui dégoutte et laisse un collier de ces bulles nacrées que font les enfants au bout d'une paille. C'est comme des enfants aussi qu'elles jasent. Une d'elles, large femme, coiffée à la mode du Pont-1'Abbé, perd le souffle à force de parler et ne tarit pas un seul moment ; sa petite voix sonne le bois, en crécelle. Un murmure gai lui répond ; on se moque d'elle. Ici, toutes ces femmes sont heureuses, et prennent leur récréation, en battant le linge blanc. Elles sont comme des reines ; et nulle princesse n'a une chambre plus belle pour son lever. Ni un plus beau luminaire, ni une eau plus fraîche. Ce n'est plus le taudis et la misère où ces pauvres femmes passent leur vie. Les doux oiseaux, ici, leur font de la musique ; et c'est pour elles que les fleurs parfument la prairie. Le loriot dans les branches leur flûte un arpège câlin et les petits violons du ruisseau les bercent d'un long trille. Une des jeunes filles va prendre des prunes à l'arbre du champ voisin, et en donne à celles qui veulent. Une femme déjà mûre boit à même une bouteille, où peut-être n'y-a t-il pas que de l'eau.

BONNES LARMES
La nuit vient, triste et pluvieuse. Pourtant, la noce fait grand bruit. […] La mariée est rentrée chez ses parents, toute défraîchie. […] Les hommes, le cidre aidant, ont fini par s'égayer : et comme toujours leur gaîté a gagné les femmes. Que la pluie mouille les coiffes, si elle veut : il fait toujours assez beau temps pour boire. […] La mariée va partir pour Vitré, où son mari, petit employé de l'État, l'emmène. C'est une jolie fille, que fait valoir la mode de Fouesnant, la grande collerette et la coiffe en dentelles. […] Pour tous ceux qui sont là, Vitré n'est pas plus en Bretagne que Rennes ou Nantes; on n'y parle pas le breton ; personne ne le comprend; personne n'y a le costume; les femmes n'y portent qu'un petit bonnet, comme partout. Et, du reste, l'ancien quartier-maître n'est pas pour les vieilles modes : « Si l'on ne sait pas le français, on est comme un sauvage, dit-il; il vaut bien mieux être habillé comme tout le monde, sans quoi vous êtes ridicule; on vous regarde comme une bête à la foire, et l'on vous rit au nez... Ainsi, vous, Jeanne, fait-il à la mariée, vous allez garder la coiffe de Fouesnant à Vitré, dites? Hé bien, tout le monde se moquera de vous, soyez-en sûre... » Elle ne répond rien. Mais elle se détourne : elle va sur le seuil. La pluie fine et la bruine tombent avec la nuit sur le cimetière. Les croix sont noires sur les pierres livides. Une corneille crie. Et, tout d'un coup, la mariée fond en larmes.

AU PARDON
Bénodet, en septembre ;
Il faisait chaud. L'air était doré. Le petit port de pêche semblait vide de marins, et plein de paysans, tous vêtus du même noir, tous coiffés du même chapeau, et qu'on eût tous dits le même homme grand, blond, à la figure rase aux yeux vifs et brillants. Comme toujours en Bretagne, les hommes et les femmes d'une même compagnie étaient séparés les uns des autres, en deux groupes ; et ce n'était que par moments qu'ils se confondaient en une seule société. Alors, les femmes cessaient de parler entre elles ; et leur air tranquille s'animait soudain d'une douée vivacité. Arrêtés en rond à boire, à causer, à voir les boutiques, il en était qui ne quittaient plus d'une heure l'espace de trois pas où ils tournaient. Souvent deux femmes ou trois laissaient pour un instant leur société, et se dirigeaient rapides vers le fond de la place, où s'ouvre de côté, dans le vieux mur gris, la porte basse et noire de l'église. Du plat de la main, tout en marchant, elles rajustaient leur grande collerette, et ramenaient de deux doigts distraits les rubans égarés de la coiffe. Puis, elles entraient, suivies quelquefois d'un enfant. Venant du dehors, vibrant de lumière et de bruit, elles battent des paupières, surprises et tout d'un coup respectueuses. La petite église leur paraît silencieuse et sombre ; il y fait frais ; l'ombre y verse le calme ; et il semble à ces femmes que la chaleur est bien loin et la cohue du jour tumultueux[…] Elle se tint avec elles à l'ombre du vieil orme, au vaste dôme de feuillage épanoui sur un tronc puissant. Au fond de la place, sur le petit mur qui court de l'église à la fontaine, des jeunes filles s'étaient assises ; et une jeune paysanne, donnant un coup de reins, s'y installait en rougissant ; puis, elle se mit à rire. Elles étaient là, haut perchées, laissant pendre leurs jambes ; et l'on voyait leurs chevilles sous la jupe courte au galon de velours. Elles étaient belles, parce qu'elles étaient jeunes ; et que sous les coiffes blanches aux reflets violets dans l'ombre verte, leurs visages chantaient une paisible gaieté et une attente candide. […]Adossée au vieil arbre ombreux, elle avait le visage admirable de la jeunesse amoureuse ; et la lumière plus belle encore de l'amante déjà triste, douloureuse déjà. On lui eût donné dix-neuf ans. Elle était très pâle ; ses cheveux étaient de lin, et ses yeux d'eau verte sur les saules, pailletés d'argent. Sa petite bouche, aux lèvres un peu décolorées, avait ce dessin pur et grave, qui donne le même prix aux baisers qu'à la prière Sur son jeune corps svelte, elle était d'une propreté exquise ; une croix d'or pendait à son col ; et ses mains blanches étaient fines.

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Des citations de Pierre Loti traitant des costumes bretons


Pierre LOTI Mon frère Yves

C'était vingt-quatre ans plus tard, un soir de décembre, à Brest. La pluie tombait, fine, froide, pénétrante, continue; elle ruisselait sur les murs, rendant plus noirs les hauts toits d'ardoise, les hautes maisons de granit ; elle arrosait comme à plaisir cette foule bruyante du dimanche qui grouillait tout de même, mouillée et crottée, dans les rues étroites, sous un triste crépuscule gris. Cette foule du dimanche, c'étaient des matelots ivres qui chantaient, des soldats qui trébuchaient en faisant avec leur sabre un bruit d'acier, des gens du peuple allant de travers, -ouvriers de grande ville à la mine tirée et misérable, des femmes en petit châle de mérinos et en coiffe pointue de mousseline, qui marchaient le regard allumé, les pommettes rouges, avec une odeur d'eau-de-vie ; -des vieux et des vieilles à l'ivresse sale, qui étaient tombés et qu' on avait ramassés, et qui s'en allaient devant eux le dos plein de boue. La pluie tombait, tombait, mouillant tout, les chapeaux à boucle d' argent des Bretons, les bonnets sur l'oreille des matelots, les shakos galonnés et les coiffes blanches et les parapluies. L'air avait quelque chose de tellement terne, de tellement éteint, qu'on ne pouvait se figurer qu'il y eût quelque part un soleil ; on en avait perdu la notion. On se sentait emprisonné sous des couches et des épaisseurs de grosses nuées humides qui vous inondaient ; il ne semblait pas qu'elles pussent jamais s'ouvrir et que derrière il y eût un ciel. On respirait de l'eau. On avait perdu conscience de l'heure, ne sachant plus si c'était l'obscurité de toute cette pluie ou si c'était la vraie nuit d'hiver qui descendait.

Derrière ces dames, il y a d'autres groupes encore, où la vue se repose : des jeunes femmes qui se tiennent dignes, vraies femmes de marins celles-ci, recueillies dans la joie de revoir leur fiancé ou leur mari, et regardant avec anxiété dans ce grand trou béant du port, par où les désirés vont venir. Il y a des mères, arrivées des villages, ayant mis leur beau costume breton des fêtes, la grande coiffe et la robe de drap noir à broderies de soie ; la pluie les gâte pourtant, ces belles hardes qu'on ne renouvelle pas deux fois dans la vie ; mais il faut bien faire honneur à ce fils qu'on va embrasser tout à l'heure devant les autres. -voilà ceux du Magicien qui entrent dans le port, Madame Kerdoncuff !et voilà ceux du Catinat aussi donc ! Ils se suivent tous les deux, Madame Quéméneur ! En bas, les canots accostent, tout au fond, sur les quais noirs, et ceux qui sont attendus montent les premiers.

Au détour d'un rocher, la pluie cesse comme le vent et, du même coup, tout change d'aspect. Nous découvrons à perte de vue un grand pays plat, une lande aride, nue comme un désert : le vieux pays de Léon, au fond duquel, tout là-bas, le Creizker dresse sa flèche de granit. Il a du charme pourtant, ce pays triste, et Yves sourit en apercevant son clocher qui s'approche. Les ajoncs sont en fleur, et toute la plaine est d'une couleur d'or. Par places, il y a des zones roses, qui sont des bruyères. Un voile de vapeurs gris-perle, d' une teinte très douce, d' une teinte septentrionale, couvre le ciel tout d' une pièce, et, dans la monotonie de ce pays jaune et rose, tout au bout de l' horizon profond, rien que ces points saillants : la silhouette de Saint-pol et des trois clochers noirs. Des petites filles bretonnes chassent devant elles des troupeaux de moutons dans les bruyères ; de jeunes gars les effarouchent en caracolant sur des chevaux nus ; des carrioles passent, chargées de femmes en coiffe blanche qui s'en vont entendre la messe à la ville. Les cloches sonnent la route s'anime joyeusement, nous arrivons.

L'auberge est remplie de buveurs de cidre qui font un joyeux tapage de verres et de conversations bretonnes. On forme un peu cercle autour de nous. L'hôtesse a quatre petites-filles, toutes pareilles, qui sont jolies à ravir sous leur coiffe blanche. On ne dirait pas des filles d'auberge : c'est le type accompli de la belle race bretonne du nord, et puis elles ont l'expression tranquille et réfléchie de ces femmes d'autrefois, que les portraits anciens nous ont conservées. Elles aussi se tiennent près de nous, regardent et écoutent. à notre tour, on nous interroge. Yves répond : -ma mère habite toujours à Plouherzel avec mes deux soeurs. Mes deux frères, Gildas et Goulven, naviguent à la grande pêche sur des baleiniers américains. Moi seul, je navigue depuis dix ans à l'état. Il n'y a pas beaucoup de temps à perdre pour nous qui voulons aller voir avant de partir l'ancienne maison des Kermadec. Elle est là tout près, à toucher l'église ; on nous l'indique de la porte, en nous recommandant de demander à entrer dans la chambre à gauche, au premier ; c'est celle où Yves est né. à côté de la maison, il y a le grand parc abandonné de l'évêché de Léon, où, paraît-il, Yves, quand il était tout petit enfant, allait chaque jour se rouler dans l'herbe avec Goulven. Elle est très haute aujourd'hui, cette herbe de mai, remplie de marguerites et de silènes. Dans ce parc, les rosiers, les lilas poussent maintenant au hasard, comme dans un bois.

Pierre LOTI Pêcheur d'Islande

à Paimpol, un beau soir de cette année-là, un dimanche de juin, il y avait deux femmes très occupées à écrire une lettre. Cela se passait devant une large fenêtre qui était ouverte et dont l' appui, en granit ancien et massif, portait une rangée de pots de fleurs. Penchées sur leur table, toutes deux semblaient jeunes ; l' une avait une coiffe extrêmement grande, à la mode d' autrefois ; l' autre, une coiffe toute petite, de la forme nouvelle qu' ont adoptée les Paimpolaises : -deux amoureuses, eût-on dit, rédigeant ensemble un message tendre pour quelque bel Islandais. celle qui dictait-la grande coiffe-releva la tête, cherchant ses idées. Tiens ! Elle était vieille, très vieille, malgré sa tournure jeunette, ainsi vue de dos sous son petit châle brun. Mais tout à fait vieille : une bonne grand' mère d' au moins soixante-dix ans. Encore jolie par exemple, et encore fraîche, avec les pommettes bien roses, comme certains vieillards ont le don de les conserver. Sa coiffe, très basse sur le front et sur le sommet de la tête, était composée de deux ou trois larges cornets en mousseline qui semblaient s' échapper les uns des autres et retombaient sur la nuque. Sa figure vénérable s' encadrait bien dans toute cette blancheur et dans ces plis qui avaient un air religieux. Ses yeux, très doux, étaient pleins d' une bonne honnêteté. Elle n' avait plus trace de dents, plus rien, et, quand elle riait, on voyait à la place ses gencives rondes qui avaient un petit air de jeunesse. Malgré son menton, qui était devenu " en pointe de sabot " (comme elle avait coutume de dire), son profil n' était pas trop gâté par les années ; on devinait encore qu' il avait dû être régulier et pur comme celui des saintes d' église. Elle regardait par la fenêtre, cherchant ce qu' elle pourrait bien raconter de plus pour amuser son petit-fils. Vraiment il n' existait pas ailleurs, dans tout le pays de Paimpol, une autre bonne vieille comme elle, pour trouver des choses aussi drôles à dire sur les uns ou les autres, ou même sur rien du tout. Dans cette lettre, il y avait déjà trois ou quatre histoires impayables, -mais sans la moindre malice, car elle n' avait rien de mauvais dans l' âme. L' autre, voyant que les idées ne venaient plus, s' était mise à écrire soigneusement l' adresse : à Monsieur Moan, Sylvestre, à bord de la Marie, capitaine Guermeur, -dans la mer d' Islande par Reickawick. après, elle aussi releva la tête pour demander : -c' est-il fini, grand-mère Moan ? Elle était bien jeune, celle-ci, adorablement jeune, une figure de vingt ans. Très blonde, -couleur rare en ce coin de Bretagne où la race est brune ; très blonde, avec des yeux d' un gris de lin à cils presque noirs. Ses sourcils, blonds autant que ses cheveux, étaient comme repeints au milieu d' une ligne plus rousse, plus foncée, qui donnait une expression de vigueur et de volonté. Son profil, un peu court, était très noble, le nez prolongeant la ligne du front avec une rectitude absolue, comme dans les visages grecs. Une fossette profonde, creusée sous sa lèvre inférieure, en accentuait délicieusement le rebord ; -et de temps en temps, quand une pensée la préoccupait beaucoup, elle la mordait, cette lèvre, avec ses dents blanches d' en haut, ce qui faisait courir sous la peau fine des petites traînées plus rouges. Dans toute sa personne svelte, il y avait quelque chose de fier, de grave aussi un peu, qui lui venait des hardis marins d' Islande ses ancêtres. Elle avait une expression d' yeux à la fois obstinée et douce. Sa coiffe était en forme de coquille, descendait bas sur le front, s' y appliquant presque comme un bandeau, puis se relevant beaucoup des deux côtés, laissant voir d' épaisses nattes de cheveux roulées en colimaçon au-dessus des oreilles-coiffure conservée des temps très anciens et qui donne encore un air d' autrefois aux femmes paimpolaises.

Ce Paris, elle ne le regrettait pourtant pas, bien sûr, quoiqu' il y eût là beaucoup de choses belles et amusantes. D' abord, elle s' y trouvait presque à l' étroit, ayant dans les veines ce sang des coureurs de mer. Et puis, elle s' y sentait une étrangère, une déplacée : les parisiennes, c' étaient ces femmes dont la taille mince avait aux reins une cambrure artificielle, qui connaissaient une manière à part de marcher, de se trémousser dans des gaines baleinées ; et elle était trop intelligente pour avoir jamais essayé de copier de plus près ces choses. Avec ses coiffes, commandées chaque année à la faiseuse de Paimpol, elle se trouvait mal à l' aise dans les rues de Paris, ne se rendant pas compte que, si on se retournait tant pour la voir, c' est qu' elle était très charmante à regarder. Il y en avait, de ces parisiennes, dont les allures avaient une distinction qui l' attirait, mais elle les savait inaccessibles, celles-là. Et les autres, celles de plus bas, qui auraient consenti à lier connaissance, elle les tenait dédaigneusement à l' écart, ne les jugeant pas dignes. Elle avait donc vécu sans amies, presque sans autre société que celle de son père, souvent affairé, absent. Elle ne regrettait pas cette vie de dépaysement et de solitude.

la première fois qu' elle l' avait aperçu, lui, ce Yann, c' était le lendemain de son arrivée, au pardon des Islandais, qui est le 8 décembre, jour de la notre-dame de bonne-nouvelle, patronne des pêcheurs, -un peu après la procession, les rues sombres encore tendues de draps blancs sur lesquels étaient piqués du lierre et du houx, des feuillages et des fleurs d' hiver. à ce pardon, la joie était lourde et un peu sauvage, sous un ciel triste. Joie sans gaieté, qui était faite surtout d' insouciance et de défi ; de vigueur physique et d' alcool ; sur laquelle pesait, moins déguisée qu' ailleurs, l' universelle menace de mourir. Grand bruit dans Paimpol ; sons de cloches et chants de prêtres. Chansons rudes et monotones dans les cabarets ; vieux airs à bercer les matelots ; vieilles complaintes venues de la mer, venues je ne sais d' où, de la profonde nuit des temps. Groupes de marins se donnant le bras, zigzaguant dans les rues, par habitude de rouler et par commencement d' ivresse, jetant aux femmes des regards plus vifs après les longues continences du large. Groupes de filles en coiffes blanches de nonnain, aux belles poitrines serrées et frémissantes, aux beaux yeux remplis des désirs de tout un été. Vieilles maisons de granit enfermant ce grouillement de monde ; vieux toits racontant leurs luttes de plusieurs siècles contre les vents d' ouest, contre les embruns, les pluies, contre tout ce que lance la mer ; racontant aussi des histoires chaudes qu' ils ont abritées, des aventures anciennes d' audace et d' amour. Et un sentiment religieux, une impression de passé, planant sur tout cela, avec un respect du culte antique, des symboles qui protègent, de la vierge blanche et immaculée. à côté des cabarets, l' église au perron semé de feuillages, tout ouverte en grande baie sombre, avec son odeur d' encens, avec ses cierges dans son obscurité, et ses ex-voto de marins partout accrochés à la sainte voûte. à côté des filles amoureuses, les fiancées de matelots disparus, les veuves de naufragés, sortant des chapelles des morts, avec leurs longs châles de deuil et leur petites coiffes lisses ; les yeux à terre, silencieuses, passant au milieu de ce bruit de vie, comme un avertissement noir. Et là tout près, la mer toujours, la grande nourrice et la grande dévorante de ces générations vigoureuses, s' agitant elle aussi, faisant son bruit, prenant sa part de la fête... de toutes ces choses ensemble, Gaud recevait l' impression confuse. Excitée et rieuse, avec le coeur serré dans le fond, elle sentait une espèce d' angoisse la prendre, à l' idée que ce pays maintenant était redevenu le sien pour toujours. Sur la place, où il y avait des jeux et des saltimbanques, elle se promenait avec ses amies qui lui nommaient, de droite et de gauche, les jeunes hommes de Paimpol ou de Ploubazlanec.

Lui s' était retourné comme s' il l' eût entendue et, de la tête aux pieds, il l' avait enveloppée d' un regard rapide qui semblait dire : -quelle est celle-ci qui porte la coiffe de Paimpol, et qui est si élégante, et que je n' ai jamais vue ? Et puis ses yeux s' étaient abaissés vite, par politesse, et il avait de nouveau paru très occupé des chanteurs, ne laissant plus voir de sa tête que les cheveux noirs, qui étaient assez longs et très bouclés derrière, sur le cou.

Dans ces grandes villes, son costume s' était modifié beaucoup plus qu' elle-même. Bien qu' elle eût gardé cette coiffe, que les bretonnes quittent difficilement, elle avait vite appris à s' habiller d' une autre façon. Et sa taille autrefois libre de petite pêcheuse, en se formant, en prenant la plénitude de ses beaux contours germés au vent de la mer, s' était amincie par le bas dans de longs corsets de demoiselle. Tous les ans, avec son père, elle revenait en Bretagne, -l' été seulement comme les baigneuses, - retrouvant pour quelques jours ses souvenirs d' autrefois et son nom de Gaud (qui en breton veut dire Marguerite) ; un peu curieuse peut-être de voir ces Islandais dont on parlait tant, qui n' étaient jamais là, et dont chaque année quelques-uns de plus manquaient à l' appel ; entendant partout causer de cette Islande qui lui apparaissait comme un gouffre lointain-et où était à présent celui qu' elle aimait...

Dans Paimpol, on critiquait déjà son air et sa toilette... ... elle enlevait ses vêtements avec la lenteur distraite d' une fille qui rêve : d' abord sa coiffe de mousseline, puis sa robe élégante, ajustée à la mode des villes, qu' elle jeta au hasard sur une chaise. Ensuite son long corset de demoiselle, qui faisait beaucoup causer les gens, par sa tournure parisienne. Alors sa taille, une fois libre, devint plus parfaite ; n' étant plus comprimée, ni trop amincie par le bas, elle reprit ses lignes naturelles, qui étaient pleines et douces comme celles des statues en marbre ; ses mouvements en changeaient les aspects, et chacune de ses poses était exquise à regarder. La petite lampe, qui brûlait seule à cette heure avancée, éclairait avec un peu de mystère ses épaules et sa poitrine, sa forme admirable qu' aucun œil n' avait jamais regardée et qui allait sans doute être perdue pour tous, se dessécher sans être jamais vue, puisque ce Yann ne la voulait pas pour lui. Elle se savait jolie de figure, mais elle était bien inconsciente de la beauté de son corps. Du reste, dans cette région de Bretagne, chez les filles des pêcheurs islandais, c' est presque de race, cette beauté-là ; on ne la remarque plus guère, et même les moins sages d' entre elles, au lieu d' en faire parade, auraient une pudeur à la laisser voir. Non, ce sont les raffinés des villes qui attachent tant d' importance à ces choses pour les mouler ou les peindre... elle se mit à défaire les espèces de colimaçons en cheveux qui étaient enroulés au-dessus des oreilles, et les deux nattes tombèrent sur son dos comme deux serpents très lourds. Elle les retroussa en couronne sur le haut de sa tête, -ce qui était commode pour dormir ; -alors, avec son profil droit, elle ressemblait à une vierge romaine. Cependant ses bras restaient relevés, et, en mordant toujours sa lèvre, elle continuait de remuer dans ses doigts les tresses blondes, -comme une enfant qui tourmente un jouet quelconque en pensant à autre chose ; après, les laissant encore retomber, elle se mit très vite à les défaire, à les défaire pour s' amuser, pour les étendre ; bientôt elle en fut couverte jusqu' aux reins, ayant l' air de quelque druidesse de forêt.
. Grand' mère Yvonne était là et suivait aussi, très éventée, mais presque heureuse, au bras d' un vieil oncle de Yann qui lui disait des galanteries anciennes ; elle portait une belle coiffe neuve qu' on lui avait achetée pour la circonstance et toujours son petit châle, reteint une troisième fois-en noir, à cause de Sylvestre. Et le vent secouait indistinctement tous ces invités ; on voyait des jupes relevées et des robes retournées ; des chapeaux et des coiffes qui s' envolaient. à la porte de l' église, les mariés s' étaient acheté, suivant la coutume, des bouquets de fausses fleurs pour compléter leur toilette de fête. Yann avait attaché les siennes au hasard sur sa poitrine large, mais il était de ceux à qui tout va bien. Quant à Gaud, il y avait de la demoiselle encore dans la façon dont ces pauvres fleurs grossières étaient piquées en haut de son corsage-très ajusté, comme autrefois, sur sa forme exquise.
Ce fut en haut, dans la grande chambre neuve, une tablée de vingt-cinq personnes autour des mariés ; des soeurs et des frères ; le cousin Gaos le pilote ; Guermeur, Keraez, Yvon Duff, tous ceux de l' ancienne Marie, qui étaient de la Léopoldine à présent ; quatre filles d' honneur très jolies, leurs nattes de cheveux disposées en rond au-dessus des oreilles, comme autrefois les impératrices de Byzance, et leur coiffe blanche à la nouvelle mode des jeunes, en forme de conque marine ; quatre garçons d' honneur, tous Islandais, bien plantés, avec de beaux yeux fiers.



Un poème D'Auguste Brizeux


LE CHEMIN DU PARDON

Où courez-vous ainsi, pieuses jeunes filles,
Qui passez deux à deux sous vos coiffes gentilles ?
Ce tablier de soie et ce riche cordon
Disent que vous allez toutes quatre au Pardon

[...]Nous avancions toujour, et par tous les sentiers
Ce n'étaient que chapeaux, coiffes et tabliers,
Allant vers le Pardon; sur la bruyère verte,
Des vapeurs du matin encor toute couverte,
Le soleil par moments dardait ses grands rayons;
Et mon âme volait en exaltations.

Auguste BRIZEUX ( Marie )

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