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Le Festival de Cornouaille 2002, à Kemper
Le dimanche 28 juillet 2002 avait lieu, à Pleumeur-Bodou, dans le cadre merveilleux du Château de Kerduel, une fête réunissant le Bagad de Perros-Guirec, le Cercle celtique Ar Vro Vigoudenn de Pont-L'Abbé, le Cercle Ar Squewell de Perros-Guirec et le Bagad Penhars de Quimper :

Jeunes admirateurs( trices) du Bagad Perros









Le Festival de Cornouaille 2002, à Kemper
Je note Vannes tout de suite : avant tout, le type le plus saillant parmi les femmes, c'est la vierge monacale. Teint pâle, quelquefois vaguement jaunâtre et maladif, souvent d'une délicatesse extrême. Plusieurs jeunes filles ont une expression de madone ascétique, un col fin comme celui de la Jeanne de Naples, une mince et longue nuque charmante, une voix infiniment douce, des yeux modestes tout de suite baissés, une sorte de sensibilité frémissante, parfois une timidité souffrante. L'effet est délicieux, ce sont des âmes. Par exemple, hier à Carnac, cette jeune fille qui avait la fièvre, assise immobile auprès de la fenêtre, dans la cuisine de l'auberge, la tête appuyée sur son fin poignet, silencieuse, les yeux un peu cernés, jaune comme la cire nouvelle, semblable aux religieuses de Delaroche dans son tableau de la Cenci. Sa cousine qui nous servait à table a le menton le plus fin, les plus délicates attaches l'air le plus pudique, la voix la plus doucement timbrée. Tranquillité et justesse dans tout ce qu'elle dit, dans tout ce que dit la maîtresse de l'auberge. On apprend le français dans les écoles de sorte que c'est une langue littéraire; elles la parlent avec une pureté charmante, sans aucun accent de terroir Placidité d'animal, et délicatesse de mystique, voilà deux traits saillants et fréquents. Dans les jeunes filles, dans les paysannes surtout, le visage n'a pas un pli; c'est la candeur des madones du Moyen Âge. Le teint pâle, transparent, est celui d'une fleur de forêt, abritée rafraîchie éternellement par l'ombre. Le plus grand nombre des visages est irrégulier, un grand nez, une bouche mince; c'est bizarre ou même laid, mais quand vient le sourire, tout cela s'illumine aussi délicieusement qu'un ciel nuageux où le soleil perce. Quand la gaieté ou même parfois la malice affleure, la finesse de sensation est incroyable. Quelques beaux types forts, pleins, à têtes régulières mais toujours alors l'Immobilité des races primitives. Le regard vous frappe droit en face, ou les yeux effarouchés se baissent, pas de regard de côté. Costume de religieuse; une robe presque toujours noire à longs plis droits; un tablier noir ou bleu relevé sur la poitrine et attaché à la hauteur des bras par des épingles; un châle rougeâtre ou brun dont les pointes s'enfoncent dans le corsage; un bonnet qui est un linge blanc posé sur la tête et retombant des deux côtés pour embrasser les joues. À Vannes, il pend en pattes longues et flottantes par derrière. Très simple et du meilleur goût; c'est l'étoffé roulée autour du corps, et la toile posée sur les cheveux .
Messe à Vannes.[…] Deux ou trois mignonnettes jeunes filles, avec leur teint de camélia pâlissant sous le blanc âpre de leur bonnet, avec leurs yeux étonnés et silencieusement passionnés, avec leur puissante vie rêveuse intérieure qui transpire à travers la frêle enveloppe, vous arrêtent stupéfait et troublé. La vierge primitive et la femme moderne, l'extrême de l'innocence et de la sensibilité, quel attrait et quel contraste! Il y a des teints et des attaches de duchesses à boudoirs et des yeux d'enfant ou de brebis. Pour les hommes, veste noire, pantalon noir et énorme chapeau noir. L'effet est d'une gravité funèbre. Quelquefois les coins du gilet sont rouges et le pantalon est la braie rayée bleue et brune des anciens Gaulois. Pas de cravate; le grand col blanc à pointes monte dans les cheveux et les oreilles. Souvent les cheveux en longues mèches ou en toison tombent sur le col et les épaules.[…]
Après de nouvelles remarques, je trouve que la distinction du type tient à la blancheur du teint et à la transparence de la peau; à la finesse du menton, qui se termine en pointe et à la minceur de tous les organes masticateurs absorbants. La bouche longue et mobile est alors une grande source d'expression à cause de la minceur des lèvres. Les yeux sont bleu ternes ou à lumière pâle.

Hippolyte TAINE, 1863
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