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La fille de la maison les sert elle-même. Elle n'a pas froid aux yeux, étant Lannionnaise, et leurs propos, aussi salés que leurs vêtements, ne sont pas pour l'effaroucher.
Leste et prompte, le verbe vif comme l'allure, elle s'empresse à l'appel de chacun, dans l'atmosphère alourdie de la salle basse, sur le parquet saupoudré de sciure, promenant d'une table à l'autre son
nez retroussé, son teint pâlot, ses bandeaux bouffants, sa coiffe légère, à peine retenue par une épingle au sommet du front et qui se recourbe en arrière comme une conque. Avec son corsage à
basques et sa jupe d'indienne à pois clairs, elle joue volontiers la demoiselle. Dans le parler local, elle se donne la qualification d'artisane, par où elle se classe au-dessus du quatrième état, presque à l'orée de la bourgeoisie.
LA TRICOTEUSE, Anatole LE BRAZ, 1903 |