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La veste de toile des sabotiers de Gurunhuël
coudoie, dans les rues caillouteuses, le tricot bleu
des marins de Paimpol. On stationne aux étalages, sous les larges auvents des boutiques, on
déambule, le fouet au cou, à travers les allées du
Valy, on fait cercle autour des revendeuses en
plein air, sur le Champ-au-Roy. Elles sont les
matrones du négoce breton, ces marchandes de
Guingamp, et leurs clients les plus familiers,
même l'argent à la main, ne les accostent jamais
sans quelque émoi. Elles ont manifestement conscience d'être des « dames » de haut parage. Dans
leur accoutrement majestueux, avec leur bonnet
ruché, dont les brides se nouent très bas sur la
poitrine comme le cordon en sautoir d'un ordre
princier, sinon royal, avec leur châle tapis balayant le sol de ses longues franges, avec leur
parler grasseyant et fleuri qui ne laisse pas d'avoir
sa morgue, elles en imposent à la paysantaille du
Trégorrois ou du Goélo, gens de petite race, serfs
de la mer ou de la glèbe, taillables et corvéables
à merci. Au geste hautain dont elles leur présentent un paquet d'oignons, vous jureriez sur votre
foi qu'elles leur tendent la main à baiser. Anatole LE BRAZ, Croquis de Bretagne, 1903 |