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C'était une toute jeune femme, aussi fraîche, aussi gracieuse que son nom.Je la vois encore, debout dans la barque, au milieu des rameurs, rajustant sa coiffe de limon brodée de fleurs peintes, sa coiffe carrée d'Ouessantine, les bras arrondis au-dessus de sa tête, en un geste harmonieux de canéphore. La lumière rosée du matin se jouait dans ses vêtements et sur son visage dont le vent de la course avait avivé les couleurs.[...]La toiture basse du rouf lui offrait un siège commode; elle s'y assit encore essouflée, et, lissant ses cheveux, d'un blond d'aurore, qu'elle portait courts et taillés et en mèches inégales suivant la mode de son île, elle poussa un soupir d'aise, murmura doucement d'une voix suave comme une musique : "Va Doué, un peu plus!...[...]Nous nous sommes rencontrés dans le cimetière, à la sortie de la messe et elle s'est arr^tée causer avec moi un instant, avant d'aller dire sa prière sur ses tombes. Elle m'apparait plus radieuse encore que la veille, sous sa coiffe de linon brodé, repassé de frais, et fleurant une fine odeur de lavande. Une croix d'argent brille sur le drap noir du justin, du corsage à basques qui enserre son buste. Sa jupe, de même étoffe, descend à plis droits; la brise gonfle la soie de son tablier. Ses yeux sont de la couleur du ciel, bleus, céruléens peut-être avec des reflets dorés. Anatole LE BRAZ, LE SANG DE LA SIRENE |